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« La pandémie a validé la pertinence de la stratégie du Fonsis »

Bras privé de l’Etat, le Fonds souverain d’investissements stratégiques (Fonsis) est appelé à jouer un rôle « beaucoup plus important » dans les partenariats public-privé (Ppp) dans la phase de relance. Son directeur général nous livre ici sa lecture de la crise de la Covid-19 et les enseignements qu’il faut en tirer en matière de planification et d’investissement stratégiques.

Propos recueillis par Seydou KA

Comment votre portefeuille a été impacté par la pandémie de Covid-19 ?

Au Fonsis, nous avons un portefeuille de 24 entreprises créées ou projets en cours. Nous avons trois types d’interventions : le co-investissement, le développement et la restructuration. Avec la Covid-19, pour nos entreprises que nous gérons directement, nous avons subi deux types d’effets. La première est une baisse de l’activité, notamment pour nos entreprises évoluant dans le secteur de la santé. Le centre Polimed de Mbour a eu une baisse d’activité de 25% à 30% suite à la baisse de fréquentation des structures de santé. L’autre type d’impact est lié au retard de certains projets, parce que nos partenaires ou fournisseurs étrangers n’ont pu se déplacer. Enfin, nous avons un cas particulier, l’hôpital de Touba, où nous avons noté une accélération et un retard. Entre mars et fin mai, nous avons travaillé 24h/24 pour pouvoir livrer un centre de traitement des épidémies de 104 lits, dont 9 lits de réanimation pour la prise en charge des malades de la Covid-19. Maintenant, comme il y a des malades qui y sont actuellement pris en charge, nous sommes obligés d’attendre que la pandémie se calme pour reprendre les travaux de cette infrastructure dont la livraison est prévue pour septembre. Nous sommes en train de voir avec les entreprises comment élaborer un mode de travail qui assure à la fois la sécurité des travailleurs et la quiétude des malades afin de pouvoir respecter le délai de livraison. D’autre part, nous avons des entreprises, comme Parentus (production de solutés de perfusions), qui ont pu tirer profit de cette période. En dehors de l’impact sur notre portefeuille, la pandémie a validé la pertinence de la stratégie du Fonsis, notamment le choix des secteurs prioritaires qu’on avait fait. Il s’agit de la santé, l’eau, l’énergie, l’agriculture et l’industrie (agro-industrie et industrie pharmaceutique). C’est sur ces secteurs, dans lesquels le Fonsis était déjà impliqué, que va s’appuyer la relance et la résilience de notre économie. A côté de ces secteurs, nous allons continuer à financer les Pme à travers nos différents fonds d’investissement.

Où en êtes-vous avec la restructuration du Fonsis demandée par le président Macky Sall ?

Le Fonsis va jouer un rôle beaucoup plus important dans les Ppp, notamment dans l’amorçage et le développement des projets et la recherche de partenaires. Dans le Pap-2 du Pse, l’essentiel des projets seront portés par le secteur privé et l’un des rôles du Fonsis devrait être d’amorcer ces projets. On travaillait sur la mise en place d’un fonds d’amorçage, mais pour être plus pragmatique nous avons trouvé une architecture qui nous permet d’avoir le même effet sans la complexité d’un fonds. Nous avons créé une société d’amorçage de projets qui va travailler avec des partenaires. Nous allons également jouer un rôle beaucoup plus important dans la détention des parts de l’Etat dans les projets de Ppp à l’image de Sen’Eau où nous détenons 24% au titre des parts de l’Etat et 31% pour les privés. Pour l’exploitation du Brt (Bus rapide transit), ce sera la même chose : Fonsis va porter les parts du privé national le temps qu’il s’organise. Pour ce qui est des Pme, notre rôle sera d’intervenir dans la chaine de valeurs et de financer les locomotives. Il s’agit là des missions du fonds stratégique. A côté nous sommes en train de travailler sur la mise en place du fonds générationnel qui va gérer les revenus issus du pétrole et du gaz. Donc, le Fonsis va passer d’un fonds unique à un gestionnaire de deux fonds : le fonds stratégique et le fonds générationnel, qui auront chacun sa politique et sa stratégie d’investissement.

Comment ces orientations que vous venez de décliner seront prises en compte dans la loi Ppp en cours de finalisation ?

Dans la nouvelle loi, l’objectif est d’accélérer les projets Ppp, tout en assurant cette obligation de transparence pour l’ensemble des acteurs. Pour nous Fonsis, cela ne change pas grand-chose, parce que l’ensemble de nos procédures et règles de gouvernance incluent cette obligation de transparence comme le veut les principes de Santiago (ensemble de bonnes pratiques concernant les fonds stratégiques).

Vous avez procédé à un ajustement de la politique d’investissement du We ! Fund. Concrètement qu’est-ce qui change ?

Je rappelle que le We ! Fund finance des projets ayant un impact sur l’autonomisation économique des femmes. Premièrement, tenant compte de l’impact de la Covid-19, nous avons élargi le domaine d’intervention du We ! Fund à l’ensemble des raisons du Sénégal, avec toujours la priorité accordée aux régions initialement ciblées (Thiès et Louga). Deuxièmement, nous avons baissé le ticket, le montant d’investissement, qui est passé de 200 à 100 millions FCfa pour pouvoir toucher le maximum d’entreprises possibles. Troisièmement, nous allons mettre l’essentiel de ces montants en pré-actionnaire ou en compte courant actionnaire à un taux maximum de 5%. Parmi les innovations, il y a la mise en place d’un fonds de 30 millions pour l’assistance technique des Pme dans lesquelles nous allons investir afin de les aider à améliorer leur gestion.

Quels enseignements avez-vous tiré de la Covid-19 pour l’avenir ?

Le premier enseignement, c’est qu’il ne faut jamais réfléchir comme les autres. Il faut avoir le courage d’aller à l’encontre de la pensée commune. Je me souviens quand on parlait à nos partenaires de la santé, ils disaient que c’était un secteur social, cela ne les intéressait pas. Si nous avions suivi cette pensée commune, nous n’aurions pas investi dans ce secteur. Donc, il faut oser penser autrement. Le deuxième enseignement, c’est qu’il faut exécuter les projets avec célérité. Le troisième, il faut travailler en cohésion. Dans la santé, nous continuerons à travailler avec le ministère de la santé pour le renforcement des infrastructures publiques : construction d’hôpitaux en mode Ppp. Dans l’agrobusiness, nous allons investir dans l’aménagement des terres pour mutualiser le risque pour les investisseurs. Dans l’industrie, nous sommes en train de travailler pour mettre en place une industrie pharmaceutique de pointe, en sachant que nous avons les ressources humaines qu’il faut et un super calculateur (à Diamniadio) qui aidera beaucoup à la recherche. Pour ce qui est du secteur de l’eau, nous allons investir dans des projets de dessalement de l’eau de mer dans la côte Est pour satisfaire à la demande. En effet, avec une croissance de la population de 33% chaque dix ans, les besoins vont augmenter de 40% à 50%. Nous sommes aussi en train de voir, avec le fonds bleu, comment introduire du digital pour baisser le coût de l’assainissement autonome pour les populations. Enfin, nous allons continuer à investir dans les énergies renouvelables, l’immobilier à travers la location à la vente pour accélérer l’accès à la propriété, et l’assistance technique des Pme.

(Itv parue dans Le Soleil du 14 Juillet 2020)